RICS WLCA : une référence pour piloter la décarbonation du bâtiment au Royaume-Uni

A partir de 2028, la directive européenne 2024/1275 (EPBD, Energy Performance of Building Directive) impose à tous les pays la mesure d’ACV dans le secteur du bâtiment. Cette exigence implique la mise en place de régulations nationales, déjà amorcées dans plusieurs pays telle que la France avec la RE2020. 

Le défi est le même au Royaume-Uni. La Royal Institution of Chartered Serveyors (RICS) a développé le Whole Life Carbon Assessment (WLCA), une méthodologie visant à apporter davantage de clarté et précision sur les méthodes de calcul. 

Bien que d’origine britannique, ce texte a été conçu pour avoir une portée mondiale, notamment en s’appuyant sur deux référentiels internationaux : la norme ISO 14040/64 qui définit le cadre méthodologique des ACV et la norme EN14978 qui décrit les principes de l’évaluation de la performance environnementale des bâtiments. 

Cet article analyse d’abord les nuances fondamentales entre les exigences de la RE2020 et les standards du RICS, avant d’explorer son impact à l’échelle mondiale.

WLCA vs RE2020 : Analyse des divergences méthodologiques

Bien que la RE2020 et le standard WLCA du RICS partagent l’objectif commun de réduction globale des émissions, leur fonctionnement diffère. Là où la réglementation française impose un cadre plutôt rigide pour valider la conformité d’un bâtiment neuf, le RICS propose une méthodologie flexible conçue pour l’investissement et la gestion d’actifs à l’échelle internationale.

Le tableau suivant synthétise leurs divergences en termes de périmètre, méthode de calculs ainsi que sur l’utilisation des données.

Le WLCA est une méthode volontaire dont l’objectif principal est de guider dans le calcul des émissions, contrairement à la RE2020 qui a un réel objectif de réduction de l’impact grâce aux seuils, qui, au fil des années, deviennent de plus en plus exigeants. 

Le champ d’application de la méthodologie du WLCA s’étend à toutes les typologies de bâtiments (logements, bureaux, commerces, équipements publics, etc.) et est applicable aux nouvelles constructions, reconstruction, rénovation, réhabilitation, aménagement. 

Ci-dessous un tableau présente les principales caractéristiques de la méthodologie du RICS et les différences avec la RE2020. 

Au-delà de ces divergences méthodologiques, la force du standard RICS réside dans son changement d’échelle. Là où la RE2020 s’arrête aux frontières de la conformité réglementaire française, le WLCA s’affirme comme un outil de pilotage financier et extra-financier mondial. En unifiant le langage carbone à l’échelle mondiale, il permet d’intégrer l’impact environnemental directement au cœur des bilans des investisseurs et des rapports de durabilité internationaux.

RICS WLCA : une adoption au-delà du Royaume-Uni

Le standard a été conçu avec l’objectif d’éviter la fragmentation des méthodes nationales en développant une méthodologie qui peut être utilisée partout dans le monde. Au-delà du Royaume-Uni, qui a inclus la méthodologie du WLCA dans certains projets, tel qu’au niveau la ville de Londres, demandant une ACV pour tous les projets lors du dépôt de dossier et après achèvement des travaux, la méthodologie du RICS va au-delà du territoire britannique.

Irlande : le WLCA en passe de devenir le socle commun

Afin de s’aligner sur les exigences de la directive EPBD, l’Irlande participe au projet INDICATE. Ce programme accompagne plusieurs États membres, dont l’Espagne, l’Italie, l’Autriche dans la réalisation d’Analyses de Cycle de Vie (ACV) afin d’établir des benchmarks nationaux. Dans ce cadre, la méthodologie du RICS WLCA a été utilisée à titre d’appui technique, notamment pour sa structure de classification en neuf groupes.

Australie : le cas des infrastructures

L’organisme Transport for NSW a rendu obligatoire l’utilisation du standard RICS pour l’impact carbone de ses projets (métros, ponts, tunnels). 

Une des premières applications a été réalisée sur un projet de pipeline de plus de 70 milliards de dollars d’infrastructures, le WLCA a permis que chaque ligne de coût ait sa correspondance carbone, permettant un pilotage simultané du budget financier et du carbone.

Emiras Arabes Unis

Le standard est utilisé comme base technique pour mesurer les ACV des projets au travers d’un partenariat stratégique établi avec Expo City Dubai. 

En application, le standard est utilisé pour piloter la décarbonation de Expo City Dubai qui va accueillir 35 000 résidents et a un besoin de rassurer les investisseurs internationaux sur la fiabilité de leurs données ESG.

Inde

En Inde, le défi est de trouver une méthodologie qui s’adapte aux défis du pays (forte intensité de construction, prédominance du béton). C’est pourquoi le RICS a adapté son texte pour publier des recommandations spécifiques pour l’Inde. En termes d’application, le document préconise de créer un inventaire carbone spécifique à l’Inde afin de sortir de bases de données européennes trop souvent inadaptées au contexte local.

Conclusion : Des réglementations locales à l’ambition globale : l’unification des standards bas-carbone

La RE2020 et le RICS WLCA : un socle commun partagé

Si la RE2020 et le RICS WLCA se distinguent par leur modalité d’application, l’une étant une réglementation nationale et l’autre un standard international volontaire, elles reposent en réalité sur un tronc commun fondamental. En s’appuyant sur la norme NF EN 15978 et sur un découpage très similaire du cycle de vie, toutes deux incarnent le même changement de paradigme : dépasser le carbone opérationnel en mesurant l’empreinte carbone d’un bâtiment de sa construction à sa démolition. Cela permet de prévenir des décisions contre-productives telles que l’ajout de matériaux à forte intensité carbone pour économiser une quantité moindre d’énergie.

Des échelles différentes pour une même ambition

Leurs divergences ne traduisent pas un désaccord méthodologique mais simplement une adaptation à leurs marchés respectifs. Là où la RE2020 s’impose comme le cadre normatif strict en France, le RICS WLCA propose une vision universelle capable de s’adapter à chaque actif. 

Ces variations de nuances ou de périmètres se retrouvent d’ailleurs dans d’autres référentiels majeurs du secteur comme le BREEAM, le LEED, LCBI ou Minergie.

Nooco : synthèse opérationnelle d’un cadre commun

Cette diversité de méthodologies s’intègre aujourd’hui dans un écosystème global. Nooco centralise les exigences des différentes méthodologies (RE2020, RICS, BREEAM, LEED, LCBI, Minergie), prouvant que ces différentes approches ne sont pas cloisonnées. 

En ce sens, toutes ces approches se complètent. Leur convergence est en réalité le signe d’une maturité croissante du secteur : mesurer le carbone d’un bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie n’est plus une option, c’est un standard mondial.

Le RICS ne vient pas se substituer aux réglementations nationales mais agit comme un cadre de reporting complémentaire. Si la RE2020 s’impose en France comme un levier de transformation technique par ses seuils, le RICS WLCA se limite à fournir une structure de données, ce qui peut constituer sa principale limite. Contrairement au cadre français, le standard international n’impose aucune ambition environnementale minimale. Un bâtiment peut ainsi parfaitement respecter la méthode RICS tout en affichant un bilan carbone extrême.

Cependant, son adoption croissante à l’international réside dans sa force de proposer un langage commun. En s’articulant avec le GHG Protocol pour la comptabilité carbone, l’ICMS3 pour la structure des coûts, ou encore le GRESB et le PCAF pour l’analyse des portefeuilles, le RICS WLCA a les qualités pour s’imposer globalement.

Source

https://www.bpie.eu/wp-content/uploads/2024/09/How-to-establish-whole-life-carbon-benchmarks_final.pdf